Quand l'amour s'achève mais que la parentalité, elle, continue.

Par Mauro Botti
, dimanche matin 9 novembre 2025

Droits d'auteur Sunday Morning

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Rudy Novena, directeur et secrétaire de l'AGNA : « Nos 20 premières années »

Quando l’amore finisce ma l’essere genitori no

Il y a des portes qui ne claquent pas, mais lentement, comme pour s'excuser. Une poignée tourne, une marche s'éloigne, et le silence envahit les pièces tel un invité indésirable. Les familles, à leur naissance, résonnent de sons : des rires dans le couloir, des jeux par terre, des voix qui s'appellent d'une pièce à l'autre.

Pourtant, lorsqu'elles se brisent, des vides persistent. Ce n'est pas un fracas, ce n'est pas une fracture violente. C'est quelque chose du quotidien : une tasse oubliée, une chambre restée vide, un week-end qui se vide, une routine qui ne sait plus à qui elle appartient. Les enfants n'en parlent pas. Ils attendent, tout simplement : un message, une date butoir, une permission, une décision. Ils attendent à une échelle de temps différente de celle des adultes. Pour eux, un mois est infini, une année est une saison entière de croissance. Pendant ce temps, les adultes, plongés dans le deuil, se débattent avec leur propre chagrin et se croient les seuls à souffrir. Mais les enfants sont au milieu, dans cette zone fragile, là où personne n'ose jamais élever la voix. C'est là que, le 1er décembre 2005, est née à Rivera l'AGNA (Association des Parents Aidants). Non pas comme un mouvement idéologique, non pas comme une réaction de colère, mais comme une réponse à la question la plus simple et la plus difficile : comment rester parent quand l'amour s'éteint ? Ce soir-là, plus de cinquante personnes étaient présentes. Beaucoup de pères, surtout. Des pères devenus soudainement des « invités » dans la vie de leurs enfants. Des pères sans voix, sans droit de décision, sans routine quotidienne. L’État les a ignorés. Les institutions ne les ont pas écoutés. Leurs enfants les attendaient. C’est de ce vide qu’est née AGNA : pour offrir une tribune à ceux qui refusent de perdre le lien le plus précieux de leur vie. Et aujourd’hui, c’est Rudy Novena qui la dirige. Avant d’en prendre la direction, il était lui-même un père qui a perdu son père, a attendu, puis, après vingt ans, l’a retrouvé. Car certains liens se brisent, mais ne disparaissent pas. Certaines douleurs ne s’éteignent jamais, mais peuvent se transformer. Certaines histoires ne s’achèvent pas : elles se vivent pleinement.

Comment AGNA a-t-elle vu le jour en 2005 ?

Tout cela découle d'un manque. Il manquait tout : la loi, le soutien, les outils. Les parents non gardiens, principalement les pères, se sont soudainement retrouvés coupés de leurs enfants. Ils n'avaient plus d'autorité parentale, plus leur mot à dire dans les décisions. La séparation les a réduits au rôle de visiteurs. Nous avons publié un appel dans le journal, et plus de cinquante personnes ont répondu. Il était clair dès le départ qu'il ne s'agissait pas d'un cas isolé : c'était une douleur collective, latente.

Étiez-vous initialement un groupe d'entraide ?

Oui. Nous nous sommes rencontrés pour nous soutenir mutuellement. Mais lorsqu'on est plongé dans un conflit, on perd en lucidité. Les histoires personnelles ne suffisaient pas. Il nous fallait quelqu'un capable d'analyser la situation de l'extérieur, avec expertise, sans se laisser submerger par les événements. C'est alors que nous avons compris la nécessité de nous structurer.

Et c'est ainsi qu'est né le service d'assistance ?

En 2007, nous avons créé un espace où avocats et psychologues collaborent. Pas de parcours séparés, pas l'un après l'autre : ils sont tous réunis autour d'une même table. L'un aide à démêler les émotions, l'autre à démêler les aspects juridiques. On commence par soigner la souffrance, puis on aborde le processus. C'est une approche de soutien, non de jugement.

Combien y a-t-il de succursales aujourd'hui ?

Quatre. Une à Sopraceneri, deux à Lugano, une à Mendrisiotto. Et c'est un modèle qui, au fil du temps, a démontré toute sa nécessité. Les personnes qui arrivent ne cherchent pas la victoire : elles cherchent simplement à ne pas se perdre.

Vous avez choisi une voie différente de celle de ceux qui visent la confrontation publique.

Oui. Il y a ceux qui dénoncent, ceux qui accusent, ceux qui élèvent la voix. Nous avons choisi de collaborer avec les institutions. C'est un processus plus lent, mais il engendre de véritables changements. Les conflits attirent l'attention, mais pas toujours les solutions. Nous œuvrons pour trouver des solutions.

Quels résultats concrets avez-vous obtenus au fil des ans ?

Avec d'autres organisations, nous avons contribué à la généralisation de l'autorité parentale partagée au niveau fédéral. Nous avons également développé le modèle MOOC, qui prend en compte non seulement les contributions financières, mais aussi le temps consacré à la garde d'enfants. Car élever un enfant, ce n'est pas seulement payer pour quelque chose : c'est être présent. Préparer le petit-déjeuner, assister aux réunions scolaires, l'accompagner au quotidien.

Parlons de l'aliénation parentale. C'est un sujet qui vous concerne personnellement.

C'est une expérience que j'ai vécue. Mon fils a refusé de me voir pendant des années. À l'époque, ce phénomène n'avait pas encore de nom et le débat public s'attardait davantage sur les définitions que sur les conséquences. Mais l'important n'est pas le nom qu'on lui donne : il s'agit de comprendre qu'un enfant, confronté à un conflit entre adultes, fait des choix pour survivre. Vingt ans plus tard, nous nous sommes retrouvés. Nous reconstruisons notre relation. La blessure est profonde, mais la douleur n'est pas encore totalement guérie.

Qui se présente à vos comptoirs aujourd'hui ?

Tout le monde. Pères, mères, couples, grands-parents qui cherchent comment subvenir aux besoins de leurs petits-enfants, enfants plus âgés qui veulent protéger leurs frères et sœurs. Parfois, ce sont les enfants eux-mêmes qui prennent l'initiative lorsqu'ils constatent que leurs parents ne parviennent plus à communiquer. Cet espace est pour la famille, pas pour une seule personne.

Quel est le but ultime ?

Qu'un enfant ne perde jamais l'un de ses parents. L'amour parental est comme une racine : si on la coupe, elle ne repousse plus jamais de la même manière. La coparentalité n'est pas une formule mathématique ; c'est un acte de responsabilité envers le bien-être affectif de l'enfant.

Pourquoi le dîner de soutien du 1er décembre est-il important ?

Une grande partie de notre travail repose sur le bénévolat. Psychologues, avocats et membres du personnel offrent leur temps et leurs compétences pour une rémunération symbolique. Mais assurer la continuité et une présence réelle exige des ressources. Il ne s'agit pas de charité : il s'agit de protéger la stabilité émotionnelle des familles. Ceux qui soutiennent AGNA soutiennent les enfants pris entre deux feux, ceux qui ne devraient pas être laissés à eux-mêmes.

support UFAG blanc

Donatori

  • Fondazione Nerina Bellingeri ved. Gualdi
  • Comune di Locarno
  • Comune di Losone
  • Comune di Chiasso
  • Comune di Magliaso
  • Comune di Morcote
  • Comune di Mezzovico
  • WSC Olimpo SA
  • Banca Popolare di Sondrio